Chéri[e] j'ai réduit les déchets

Manifeste de la fausse sceptique

On a tous dans notre entourage une amie qui doute, un mononcle joe-connaissant, un collègue qui a toujours raison, bref des gens qui trouvent l’idée du zéro déchet intéressante, mais qui sont trop sceptiques pour embarquer dans le mouvement. Ma théorie, c’est que ces personnes argumentent de la sorte pour se déculpabiliser de ne pas passer à l’action ou simplement parce qu’elles sont mal informées. Je suis vraiment tannée d’entendre toujours les mêmes refrains, les mêmes préjugés sur le zéro déchet, je vous ai donc préparé quelques contre-arguments pour convaincre Madame Sceptique de «faire le move» vers un mode de vie plus écologique:

1. C’EST TROP COMPLIQUÉ

On va se le dire, ça ne prend pas un doctorat en environnement durable pour passer à l’action! Le zéro déchet c’est accessible pour tous, dès demain matin. Il suffit de réorganiser son quotidien et de changer quelques habitudes. Refuser. Réduire. Réutiliser. Recycler. Composter. Oui, au début de la transition, il y a beaucoup de questionnements, ce qui est tout à fait normal, mais de nombreux blogues et sites de références vous révèleront tous les secrets à son sujet, afin de bien comprendre cette philosophie, et de la mettre en pratique. L’idée ce n’est surtout pas de changer son mode de vie du jour au lendemain, mais d’y aller progressivement, un petit geste à la fois, un jour à la fois. C’est si simple, que je me demande pourquoi ne pas avoir commencer avant; aujourd’hui, c’est ma vie d’avant qui me parait bien plus compliquée!

2. J’AI PAS LE GOÛT DE CHANGER MES HABITUDES

« T’es parfait, c’est ça? » Qui n’a jamais essayé de s’améliorer, c’est humain après tout, non? C’est sûr que changer ses habitudes, ça paraît une montagne au début, mais faut pas s’en faire, comme dirait ma grand-mère : « tu t’en rappelleras plus le jour de tes noces! ». En fait le problème majeur, c’est que la majorité des gens qui se plaignent sont paresseux, et ne veulent pas y mettre l’effort. C’est sûr que ça paraît bien plus facile de regarder Le banquier à la télé que de faire une séance de désencombrement dans son appartement. C’est sûr que ça parait bien plus facile de perdre son temps et son argent à acheter du made in china au Walmart que de préparer ses sacs et bocaux de verre pour aller faire le marché et encourager les commerces locaux de ton quartier. C’est avant tout une volonté de vouloir s’améliorer. Il faut avoir l’envie du changement. C’est un choix. En apparence cela semble un changement difficile, mais je vous assure, on s’adapte rapidement à ce changement de vie : «vous vous en rappellerez pas le jour de vos noces».

3. C’EST AU INSTANCES POLITIQUES D’EMBOÎTER LE PAS

Le gouvernement canadien a débuté son engagement en développement durable en 1995. Au Québec, c’est en 2006 que le Québec adopta sa propre Loi sur le développement durable. Aujourd’hui, on note près de 40 % des municipalités ayant entamé une démarche sur leur territoire. Il y a des changements, certes, mais la vitesse de croisière n’est pas suffisante. Le milieu des affaires, les organisations de la société civile (associations à caractère non gouvernemental et à but non lucratif) et les instances gouvernementales ont tous des rôles de premier plan à jouer dans l’intégration du développement durable dans notre société. En effet, la contribution des gouvernements est d’une importance capitale. Mais l’individu a son rôle à jouer aussi. Les processus décisionnels sont lourds, l’application de la législation environnementale prends du temps, tandis que les changements climatiques, eux évoluent à une vitesse fulgurante. Pourquoi attendre que les gouvernements agissent? Comme collectivité, nous sommes assez forts, assez nombreux pour avoir un impact positif sur notre société, la transformer. Soyons des acteurs de changement. Des individus engagés, ensemble, dans un mouvement de réduction des déchets. Des consom’acteurs.

4. ÇA PREND TROP DE TEMPS

Il est faux de croire qu’un emploi du temps trop chargé prétexte le fait de ne pas pouvoir adopter des alternatives zéro déchet à son quotidien. Je ne suis pas moins occupée que vous! Le temps est surtout une question de priorités et de bonne gestion. Le ZD réduit de façon significative les activités dévoreuses de temps, comme  faire les courses. Je vous l’accorde, au début, il faut prendre le temps d’installer ses routines, mais on gagne du temps à s’y prendre de cette façon. Dans les boutiques de vrac, on va à l‘essentiel de ce qui est sur la liste et hop en 10 minutes c’est fini. Pour les produits maison, les recettes prennent entre 5 à 10 minutes à réaliser, une fois aux deux mois. Désencombrer son appartement facilite la gestion de ses effets personnels, moins d’objets, donc moins de bazar à ramasser, moins de vêtements à laver-plier-ranger. Qui n’aimerait pas réduire les tâches ménagères de son foyer? Que vous soyez étudiant avec vie sociale active, parent avec de jeunes enfants ou travailleur autonome à plus que temps plein, le ZD est accessible à tous si on le veut vraiment. 40% des québécois passent plus de 3h par jour devant leur téléviseur. Peut-être est-il temps de vérifier quelles sont nos priorités?

5. ÇA COÛTE TROP CHER

C’est prouvé, les aliments en vrac coûtent 30% moins chers que les aliments emballés. On paye pour l’image, la marque, le nom, le marketing-ting$-ting$! Et dans les magasins à grande surface, on est tentés à acheter plus. Quand on ajoute à cela le gaspillage alimentaire (les Québécois perdent en moyenne 771 $ de nourriture annuellement), c’est littéralement jeter de l’argent par les fenêtres. La transition vers le zéro déchet nous amène à réfléchir sur nos habitudes de consommation tout en nous permettant d’économiser. Vous seriez choqués des économies réalisées à l’aide de ce mode de vie. Un exemple? Notre ménage dépensait 120$/semaine d’épicerie en 2015, alors qu’aujourd’hui nous dépensons 80$/semaine, une économie de 160$/mois pour un seul poste budgétaire! Imaginez tout cet argent économisé à ne plus vous étendre de crèmes chimiques sur le visage, à acheter un poush-poush différent pour chaque type de saleté, à nourrir votre poubelle avec des produits à usage unique. Cet argent sera investit ailleurs, dans des projets qui ont du sens à vos yeux : voyages, activités de plein air, construire votre propre chalet, etc.

6. C’EST REFUSER LE PROGRÈS; UN RETOUR EN ARRIÈRE

Lorsque je refuse un sac de plastique, je ne refuse pas le progrès, je refuse plutôt qu’une baleine agonise sur une plage après avoir gobé 10 kg de sacs de plastique dans l’océan, je refuse que mon eau soit polluée par les micro-billes des produits exfoliants pour le visage, je refuse que les ressources de la planète soient gaspillées à outrance. Un retour en arrière? Le développement de ses aptitudes pour la couture, le jardinage, la cuisine, ce n’est pas un retour dans le temps, mais bien une transmission des connaissances. Le problème majeur c’est que, dans cette course contre la montre qu’est notre société d’aujourd’hui, gagner du temps est synonyme de progrès. Que ferions-nous sans toutes ces merveilleuses inventions que sont les emballages individuels de tranche de pain et les fruits précoupés-prémâchés! Le mode de vie zéro déchet permet enfin de ralentir, on ne se prive pas des plaisirs de la vie, mais au contraire les mets en avant.

7. J’AI PAS ENVIE D’AVOIR L’AIR D’UNE EXTRA-TERRESTRE DANS MON ENTOURAGE

Tu crois que je suis toute seule à tendre le cap vers le zéro déchet, à vouloir changer le monde? Le zéro déchet gagne du terrain au Québec. Bien qu’il n’y ait pas encore de statistiques pour l’imager, on sens que le zéro déchet est en pleine expansion : développement des médias sociaux à son sujet, création d’entreprises prônant ses valeurs, ouverture de nombreuses épiceries sans déchets, etc. Il y a une forte tendance pour la consommation responsable, et elle est là pour rester. Lorsque tu plongeras dans l’univers du zéro déchet, tu y découvriras une communauté. Certes, nous sommes différents dans la mesure où nous laissons les principes du zéro déchet guider nos prises de décisions, mais fondamentalement, je trouve que c’est un mode de vie qui rapproche plutôt les gens, qui valorise le partage, la solidarité et qui développe la débrouillardise. Le ZD c’est aller à la rencontre de l’autre, le commerçant, l’agriculteur, c’est créer l’échange avec notre voisin. Refuser la société de consommation n’a pas pour but de nous isoler socialement, mais de nous faire réfléchir aux décisions que nous prenons au quotidien, à la consommation indirecte à laquelle nous participons et au pouvoir que nous détenons au niveau collectif.

8. JE FAIS DÉJÀ MA PART, JE FAIS DU RECYCLAGE!

Oui c’est bien de recycler. Non ce n’est pas bien de se contenter que de cela. Le principe le plus important, c’est la réduction à la source. En effet, recycler sous-entend acheter des produits emballés. Et ces emballages recyclables, ne sont recyclables qu’un certain temps (à part le verre qui est recyclable à vie – bien qu’au cours des dernières années, le recyclage du verre au Québec a connu quelques défis). La majorité de ce qu’on appelle «recyclage» et même «valorisation» est en fait un «décyclage» : procédé par lequel on transforme un déchet matériel en produit de moindre valeur. Le recyclage du plastique est un enjeu de plus en plus crucial. Le plastique met entre 100 et 1000 ans à se dégrader dans la nature. Cela peut avoir des conséquences sur la faune et la flore. Au Québec, les taux de rejet du plastique en centre de tri peuvent varier entre 15 et 45 %. Ça veut dire qu’avec un taux de rejet de 15 %, on enfuit 150 000 kilos d’ordures à tous les millions de kilos de produits de plastique reçus au centre de tri. Tendre vers le zéro déchet, c’est réduire au maximum sa consommation d’emballages et acheter des produits avec des emballages recyclables uniquement s’il n’y a pas d’autres alternatives.

9. LES PRODUITS FAITS MAISON NE SONT PAS EFFICACES

Les compagnies de produits ménagers et d’hygiène se sont enrichies chez des générations de femmes et d’hommes grâce à la publicité. On connaît tous les slogans, tous les logos, tous les jingles et personnages farfelus représentant les grandes marques. À quel moment a-t-on réussi à faire entrer dans la tête des gens que ça prenait un produit tellement chimique qu’il te fait fondre les poils du nez, pour venir à bout de taches tenaces? Qu’on avait besoin d’une crème différente pour chaque type de ménage à entreprendre? À quel moment on-t-a accepté qu’un produit ultra nocif pour l’environnement serait plus efficace qu’un produit naturel? Les trucs de grands-mères et les recettes de savons d’antan ont fait leurs preuves pendant des générations. Le zéro déchet se rapporte à cette tradition. Sorry mais me laver les cheveux avec du silicone, frotter mon visage avec des billes de plastique et savonner mon corps avec du pétrole, au fond ça n’a rien de plus efficace! Et mon plancher est pas plus propre parce qu’un vieux chauve musclé m’a fait essayer une éponge magique!

10. C’EST INTERDIT D’APPORTER MES CONTENANTS RÉUTILISABLES

Il est faux de croire qu’apporter ses propres contenants pour les commandes d’aliments pour emporter ou pour les achats en vrac est interdit. Dans le but de diminuer l’utilisation de contenants jetables, certains commerces permettent à leurs clients de le faire. La pratique n’est pas interdite par la MAPAQ ni obligatoire pour le commerçant. Ce n’est pas encore une pratique courante, mais de plus en plus de commerçants sont ouverts et permettent à leur client de le faire. Il suffit de respecter quelques règles de la MAPAQ, très bien vulgarisée sur le site Circuit zéro déchet, initiative ayant pour mission d’identifier, à l’aide d’un autocollant officiel, les commerçants qui offrent à leur client un service zéro déchet.

11. C’EST IMPOSSIBLE, PAS DE VRAC DANS MA MUNICIPALITÉ

Il est vrai que le zéro déchet s’est développé très rapidement dans les grandes métropoles : en peu de temps, des magasins de vrac ont fait leur apparition dans plusieurs quartiers. C’est qu’il y a de la demande! On constate que c’est plus difficile en région (pour l’instant!), mais ce n’est qu’une question de temps avant que cela se propage aux quatre coins de la province. Déjà, plusieurs blogs et réseaux ont fait leur apparition au cours des derniers mois. Si vous êtes en région et que vous lisez ces lignes, de grâce, informez-vous dans votre entourage, il y a toujours un sympa commerçant, un boulanger, un poissonnier, un boucher qui ne se fera pas prier pour mettre votre commande dans un plat réutilisable. Et il va même trouver que c’est une bonne idée. Quand on passe au mode zéro déchet, notre instinct de survie se met en marche. Toujours à la recherche de vrac, nos yeux s’ouvrent sur un monde nouveau et constatent, qu’il a plus de vrac autour de soi, que l’on ne l’aurait jamais imaginé.

12. ÇA ME CONCERNE PAS, C’EST POUR LES GRANOS / ECOLOS / HIPPIES

Nous avons TOUS un rôle de premier plan à jouer pour améliorer l’état actuel du monde et ou du moins ne pas le dégrader plus qu’il ne l’est présentement. Pas besoin d’arrêter de prendre des douches, faire pousser tous les poils de ton corps et laver tes chaudrons avec des morceaux de courge pour te sentir concerner. Penser que ça ne concerne que les écolos, les granos, les hippies, c’est vraiment cliché, dépassé. Come on, on est en 2017! Le zéro déchet nous ouvre les yeux, développe la conscience environnementale, nous fait évoluer positivement en tant qu’humain, et développe le sentiment d’être un citoyen de ce monde. Se questionner sur sa consommation, faire des meilleurs choix pour la santé, préserver les ressources de la planète, de NOTRE planète, c’est l’affaire de tous.

Conclusion

Ça peut être très décourageant quand on est à ses débuts ZD, de devoir réfuter, argumenter, débattre, expliquer pourquoi avoir fait ce changement dans notre vie. À force de les travailler, réussirons-nous à tous les convertir ces Monsieurs et Madames Sceptiques, ces poètes de fosse sceptique? Peut-être pas. Mon conseil? Choisissez vos combats. Ne perdez pas votre temps avec ce sentiment d’impuissance, il faut aller de l’avant. Tels des tortues filant vers la mer, nous persévéreront, un geste à la fois, un petit pas à la fois. L’important après tout, c’est de faire le changement pour soi, et pas pour les autres. Parlez du zéro déchet avec votre cœur, et prêcher par l’exemple, tôt on tard les sceptiques autour de vous se réveilleront.

Soit le changement que tu veux voir en ce monde. Et le reste suivra.

Et vous, quel est l’argument qui vous a convaincu à emboiter le pas?

SOURCES:

http://www.mddelcc.gouv.qc.ca/developpement/strategie_gouvernementale/strategie-DD.pdf

http://www.ccmm-csn.qc.ca/comite-environnement

https://www.usherbrooke.ca/environnement/fileadmin/sites/environnement/documents/Essais_2015/Cadieux_Philippe_MEnv_2015.pdf

http://www.mcc.gouv.qc.ca/fileadmin/documents/publications/pratiques-culturelles2009/Pratique_2009_Territoire_2.pdf

http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/648507/canadiens-disent-passer-pres-de-90-pour-cent-temps-libre-devant-un-ecran-selon-sondage

http://www.consoglobe.com/recycler-plastiques-4312-cg

BEA JOHNSON, Zéro déchet : l’histoire incroyable d’une famille qui a réussi à limiter ses déchets à moins de 1 kg par an

BENEDICTE MORET, JEREMIE PICHON, Famille zéro déchet : ze guide

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