Chéri[e] j'ai réduit les déchets

Le grand virage

 Le grand déclic. Cette prise de conscience. Cet évènement qui nous motive à faire un changement de cap. On le vit tous, chacun à notre manière. C’est ce qui nous rassemble.

Tranche de vie. J’ai envie de vous confier les réflexions qui m’ont menées au mode de vie zéro déchet. Dans cet article, je parle bien sûr au «je», de l’expérience personnelle de Madame Bouberglin. Et Monsieur Bouberglin vous dévoilera son déclic à lui, un de ces jours.

J’ai toujours un peu vécu dans mes valises, que ce soit pour des raisons familiales ou simplement par envie de découvrir le monde. Une expérience de voyage particulière m’a appris énormément sur moi-même. Attirée par les paysages des Andes et par l’idée de baigner dans la langue espagnole pendant trois mois, c’est à la fin de mes études que je me suis inscrite à Québec Sans Frontières, afin de participer à un séjour de coopération internationale au Pérou. «Comprendre ailleurs, pour agir ici», tel est le slogan du Crédil de Joliette, organisme avec lequel nous avons préparé le projet cette année là. C’est bien cinq ans plus tard que ces mots résonnent, que ce slogan porte tout son sens; il témoigne de la transformation qui s’est engagée chez moi depuis. Comme on dit, l’important c’est de semer une graine.

« Alternativas ecologicas en los andes »

Quelques mots sur le projet au Pérou. Pendant huit mois, notre groupe, constitué de 8 jeunes âgés de 19 à 24 ans, et d’une accompagnatrice, préparent leur projet par le biais de formations de toutes sortes : sensibilisation à la coopération internationale, aux enjeux du développement durable, discussions thématiques, soins de santé à l’étranger, choc culturel, commerce équitable, etc. De quoi être rudement préparés à vivre l’expérience. Puis c’est le jour de départ, l’apprentissage de la vie en communauté, le développement de nouvelles amitiés, la découverte d’une culture différente, des moments de bonheur partagés, mais aussi des moments difficiles pour certains, de remises en question sur le projet, bref on passe toutes les gammes d’émotions.

Il y eu beaucoup de découragement sur le terrain. Notre projet était de restaurer un jardin communautaire et d’aménager une maison pour l’élevage de cochons d’indes, pour améliorer la qualité de vie des familles de la communauté de Guaman Poma, près d’Ayacutcho. Bien que notre mission était de développer une activité génératrice de revenus pour ces familles sous le seuil de la pauvreté, la thématique de l’environnement y était totalement liée. Il fallait sensibiliser les habitants de cette communauté au recyclage, au jardinage et développer des initiatives durables dans leur quotidien. Nous avons rencontré plusieurs obstacles autant politiques que culturels. Apprendre à ces familles à ne pas jeter leurs ordures en bas de la falaise par exemple, car ça polluaient la rivière qui était située tout juste en bas de leur maison, où le système d’aqueduc puisait leur eau potable. La base, quoi. Ce n’était pas du tout évident car dans ce contexte, les gens ont d’autres problèmes à régler avant de penser à leur santé et au futur de leur planète. Il pensent surtout à mettre du pain sur la table, c’est leur priorité. À chaque jour je me disais, on est tellement privilégiés de vivre au Québec! Et pourtant, il y a tant à faire au niveau écologique!

 

Le choc culturel, on y avait été préparés. Chacun des participants de mon groupe le vivait à sa façon : difficulté d’intégration dans la famille d’accueil, fatigue extrême, malaises mineurs, etc. Pour ma part, je n’ai pas vécu de grosse désorientation sur le terrain; j’habitais en appartement depuis déjà 7 ans donc autonome je ne m’ennuyais pas de la maison; j’adorais ma famille d’accueil péruvienne; mon espagnol s’était déployé en quelques semaines; je participais activement au développement du projet; bref tout se déroulait à merveille. Je n’ai même pas vécu le tant attendu «choc culturel», et je me sentais bien invincible.

Après la lune de miel, le retour sur terre

Pourtant, c’est à mon retour de séjour que je fût frappée de plein fouet. Le retour à la vie normale, au monde professionnel, au rythme nord-américain, ne m’avait pas manqué du tout. Bien honnêtement, malgré que je fût bien heureuse de revoir mes proches à mon retour de voyage, affronter la solitude de mon appartement me parût une étape difficile; les quelques possessions qui m’avaient été si chers autrefois étaient désormais une montagne d’objets inutiles, j’avais envie de tout recommencer à zéro, tout vendre, tout donner, et retrouver le minimalisme de ma chambre aux murs d’argile, et les quelques objets qui se trouvaient dans mon sac de voyage. Pendant près de trois mois, j’eus du mal à me faire au rythme de Montréal, je ne dansais pas sur la même vague que mes amis et collègues de travail, je m’ennuyais de boire mon mathé au levé du soleil et d’entendre les coqs chanter, de jouer avec les enfants dans les rues, discuter de la vie avec mes sœurs péruviennes, d’aller faire le marché au milieu des étals de fruits et légumes frais, de me balader dans les montagnes sous la chaleur étouffante du soleil de midi. Je savais que ces petits moments de simplicité existaient aussi ici au Québec, mais ma vie de jeune professionnelle allait tellement vite que je ne prenais pas assez de temps pour les apprécier. La pression de la société me conditionnais à performer, à produire, à offrir toujours plus, toujours plus vite, j’étais comme prise dans un engrenage qui s’était mis en place sans m’en rendre compte. J’étais maintenant témoin des montagnes de déchets produits, de la société de surconsommation qui m’entourait et cette course effrénée me traumatisait au plus haut point. Ce n’était tout simplement pas fait pour moi. Il me fallait agir, pour réduire mon empreinte écologique, et celles de mes pairs.

Prise de conscience à mes dépends

Ce «choc culturel inversé» fût probablement le déclic, la meilleure chose qui me soit arrivée. Une graine avait été semée. Une transformation personnelle s’était amorcée. Je pris la décision de donner un sens à ma vie, de trouver un mode de vie cohérent avec mes valeurs et respectueux de l’environnement. Depuis cinq ans, j’aspire à trouver cet équilibre tout en m’inscrivant dans une démarche écologique.

Par la ligne du temps ci-bas, je tente de vous résumer le chemin parcouru, les changements qui m’ont menés tranquillement vers un mode de vie zéro déchet.

Je me suis rendue compte en faisant cette introspection, que j’avais naturellement déjà mis en place des initiatives écologiques dans mon mode de vie post-choc-culturel. Le zéro déchet fût l’occasion de pousser un peu plus loin mes objectifs, de me surpasser. Il me parût évident qu’adhérer au mouvement zéro déchet était très cohérent avec mes valeurs et ma quête de l’équilibre. Je constate que le ZD fût un accélérateur dans ma démarche. Et le plus magique dans tout ça, c’est que c’est extrêmement accessible et surtout, tangible : les résultats font littéralement fondre les poubelles et la qualité de vie s’améliore nettement. Après plus d’un an à vivre le ZD quotidiennement, je souhaite maintenant passer à l’action, devenir ambassadrice de ce mode de vie dans mon entourage et agir localement.

À mon tour, semer des graines.

Et vous, quel est l’événement qui a causé votre grand virage?

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